HISTOIRE DES ZENAKRAS

 

HISTOIRE DES ZENAKRASLes Zenakras se composent depuis un temps immémorial de deux races très-distinctes, savoir : une famille noble, les Djoued, qui viennent de l’ouest et qui sont les seigneurs ayant le commandement reconnu de la tribu, puis le peuple arabe des Zenakras.

(1) 11 y a dans le désert du Tiitery une tribu nommée les Zenakras, dont une fraction était réclamée par deux chefs voulant chacun l’avoir sous son commandement.
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Les Djoued n’avaient anciennement qu’un seul chef; mais a la suile de querelles où il y eu du sang répandu. la famille se divisa, ainsi que cela se voit dans la plupart des tribus; les Oulad-Zaber firent scission et emmenèrent avec eux les Zenakras-el-Gourt ; les Oulad-Sàd restèrent à la tête des Zenakras-Mahonchas, qui sont doubles des premiers en nombre et en richesse. Quoique séparées, les deux fractions des Zenakras concouraient ensemble pour les dépenses communes, pour la guerre’ et pour les grandes déterminations générales.

La tribu avait pour séjour habituel le grand désert près et au sud du Gebel-Amour, là où sont maintenant les Larbas. Les Mahonchns déposaient leurs grains à Laghouat, et les EI-Gourt a Aïn-Madhi ; les premiers venaient faire leurs achats du Tell dans le Tiltery,, les deuxièmes du côté de Tiaret. La tribu entière présentait 1200 cavaliers, était riche, puissante, trèsadonnée à la guerre ainsi qu’au brigandage, et très-incommode pour ses voisins.
Vers le milieu du siècle dernier, les Zenakras, ayant eu des querelles avec les gens des Ksars et les tribus voisines, abandonnèrent leur terrain habituel et se tinrent dans le petit désert. Les Mahonchas labourèrent près de Boghar, les EI-Gourt se tenaient plus au sud-ouest. Cette position permettait à chaque Zenakras, selon ses moyens, soit de cultiver dans le Tell sous la protection des Mahonchas, soit d’élever des bestiaux dans les pâturages illimités du désert avec les EI-Gourt.
Leur établissement près du Tell donna lieu à de grandes guerres avec les tribus des environs de Boghar, non-seulement à cause du terrain, mais encore à cause de leurs brigandages continuels. La tribu entière faisait toujours cause commune pour les frais et les combattants à fournir dans toutes ces querelles. Enfin, vers 1806, les tribus du Tittery dirigèrent contre eux une coalition qui les força à quitter le pays; ils passèrent alors ensemble dans l’est.

Le Tittery était alors et depuis longtemps en querelle relativement à des terrains du côté de l’oued Djenaine avec les Aribs et les Beni-Soliman ; c’étaient continuellement des combats individuels et de tribu à tribu, des jugements par les chefs turcs, par les cadis, par le midjelès d’Alger, mais jamais un accord définitif n’avait lieu. L’agha d’Alger soutenait les Aribs et les Beni Soliman ses sujets; le bey de Tittery soutenait les siens. Cette question agitait profondément et toujours les populations et les autorités. Le dey, n’ayant pu mettre les parties d’accord, ordonna de laisser décider la question par les armes. Les tribus du Tittery réunirent leurs contingents après avoir reçu des otages du bey pour se garantir de razzia pendant l’opération; un combat acharné eut lieu entre elles et leurs ennemis sur le terrain des Adaouras ; plus de 12,000 cavaliers combattirent. Le Tittery vainquit, chassa les Aribs
Le général Marey, commandant la subdivision du Tittery, fut amené, par suite, à recbercfaer auprès des anciens du pays l’histoire des Zenakras. Des renseignements qu’il reçut ainsi il résuma le document suivant, qui peint bien les mœurs des populations arabes, et intéresse par la dh mile des événements.
et les Beni-Soliman du terrain en litige, qu’il occupa. Mais la querelle n’en devint que pi us ardente. Enfin Rabah-ben-Taleb , chef des Aribs, profila de l’ébranlement général causé par les insurrections religieuses du beylik d’Onu ; Mascara était pris par les Derkaouis : soutenu par l’agha d’Alger Omar, il fit un appel à tousses adhérents; la Mitidja, le désert, lui fournirent 8 a 10,000 cavaliers; il dirigea une razzia colossale sur les Oulad-Driss et tout le Dira, pilla les tribus et attaqua le fort de Sour-Rhouzelane. Ce poste turc, très-bien placé au versant nord du Dira pour coërcer les tribus environnantes, était très-mal disposé sous le rapport des constructions. Je l’ai vu l’année dernière dans l’expédition du Gebel-Uira, il est dominé de très-près; on aurait pu beaucoup mieux faire. Trois canons, 25 janissaires et le caïd du Dira (frère du bey de Medeab) étaient dans le fort. La garnison se rendit, fut dépouillée et renvoyée a Medeah. Les constructions furent ruinées, le matériel fut enlevé. Rabah-ben-Taleb prit alors un ascendant très-grand; le dey dut le réprimer. Mais le bey de Medeah ne le pouvait plus et craiguait d’ailleurs d’agir contre les sujets de l’agba Omar, homme puissant, cruel et très-vindicatif. Des trêves, des reprises d’bostilités, eurent lieu à diverses reprises. Enfin le dey donna l’ordre, deux ans après cet événement, au bey Mohammed d’Oran de faire une razzia sur les Aribs camp s sur l’oued Djenaine. Mohammed réunit ses cavaliers à Milianah, passa par Taza, longea la limite du Tell et du désert, surprit les Aribs, leur tua beaucoup de monde, fit un immense butin, et ramena à Medeah de grands troupeaux, 45 prisonniers et 200 femmes; mais Rabah-ben-Taleb s’échappa. Le dey fit trancher la tète aux prisonniers et rendit les femmes après un arrangement pris avec les Aribs qui reçurent l’aman. Le bey de Medeah eut l’ordre péremptoire de tuer Rabah d’une manière quelconque. 11 envoy.a.son chiaouch à Sour-Rhouzelane avec un présent pour Rabah, qui vint au marché des Oulad-Driss, s’approcha du fort sans mettre pied à terre, et au moment où il parlait au chiaouch fut frappé de trois balles qui le tuèrent. La razzia du bey d’Oran irrita encore plus contre lui l’agha Omar qui était déjà son ennemi ; aussi quand Mohammed se révolta, ce fut Omar qui fut choisi pour le réduire. Il parvint a le faire arrêter, fit décapiter ses quatre enfants, le fit écorcbervif, et envoya sa peau à Alger. La querelle du Tiltery contre les Aribs et les BeniSoliman dura toujours, et en 1833, ceux-ci furent définitivement battus et chassés de tout le terrain. Ils ne sont rentrés que sous Abd-el-Kader dans la partie non contestée, où ils se tiennent maintenant.
Dans cette longue tulle, les Zenakras qui avaient été chassés par les tribus duTittery furent très-bien reçus par les Aribs ; ils fixèrent leur neja sur le terrain de ceux-ci et firent de ,, .nuls bénétices de guerre et de brigandage. Après l’affaire de Sour-Rhouzelane, ils quittèrent les Aribs et allèrent près de Msila et des Oulad-Madhi.
Les Oulad-Madhi formaient une tribu très-puissante dont (es chefs, djoued ires-renommés,avaient de fréquentes querelles au sujet, du comuian,demeut général. Les Zenakras et les Oulad-Madhi tirent la guerre à !<>us leurs voisins et n’enrichirent beaucoup. Mais les chefs zenakras, redoutant avec raison leurs alliés, entretenaient avec habileté entre les chefs des Oulad-Madbi des causes d’irritation et aidaient successivement les uns et les autres dans leurs guerres civiles. Cet état de choses dura plusieurs années, au grand avantage des Zi’nakras; enfin, vers 1806, il y avait eu une grande sécheresse, ires-peu de grains dans leTell, presque pas d’herbe dans le désert ; les chevaux des Zenakras périrent presque tous, la tribu devint faible; cela motiva entre les trois chefs des Oulad-Madhi, Bouras, Ahinet-ben-Serhir et Ahmet-bou-Mehida, un arrangement pris en secret et en ce sens: «cessons «de nous quereller et d’engraisser l’étranger de nos dépouilles; les Zenakra* «sont devenus (rnp insolents sur notre terrain , les voilà amoindris, soyons «d’accord ensemble pour les dépouiller et 1rs chasser. «Ce fut arrêté, et bientôt après commença un combat violent qui dura cinq jours; le résultat fut que les Zenakras eurent un grand nombre de tués, qu’ils perdirent toutes leurs richesses, et qu’il n’échappa à grand’ peine que quelques douars.
Cet événement avait été précédé d’une brouille entre les deux tribus ; les Zenakras s’étaient un peu rapprochés du Titlery; le bey prévenu était parti pour faire une razzia sur eux; il rencontra dans le désert leur population entièrement nue, et d’après ce qu’il apprit, poursuivit sa route pour reprendre leurs biens aux Oulad-Madhi. Mais ceux-ci tinrent leur nejas dans les montagnes près de Bousâda et en défendirent les approches. Le bey dut revenir; il sut que quelques débris des Zeiiakras, ayant échappé aux Oulad Madhi, avaient clé pillés par les tribus du Tiltery ; il abandonna à celles-ci les moutons, bœufs et le menu butin, et se fit livrer 750 chameaux qu’il garda.
La masse des Zenakras, après la raz/.ia des Oulad-Madhi, fut laissée nue et sans vivres au milieu du désert; c’était l’hiver. Le froid et la faim firent périr bon nombre de ces malheureux, qui mangèrent leurs chiens, leurs morts et beaucoup d’enfants, jusqu’à ce qu’ils eussent pu atteindre quelque tribu. Les EI-Gourt se dirigèrent vers l’ouest et furent recueillis par les Oulad-Chaïb. Les Mahonchas gagnèrent leTell. Ils se divisèrent alors dans toutes les tribus, dans le Tiltery, chez les Aribs, dans la Milidja, vers le Chelif, etc. Ils vendirent presque toutes leurs filles et même leurs femmes, en disant que les maris étaient morts. Ils vécurent très-misérablement comme kramnes ou exerçant le brigandage; cependant peu à peu ils acquirent de l’aisance. Vers 1825, le cheik El- Ràz s’adressa, pour réunir son neja, au dey, qui l’y autorisa, le mit sous la protection d’un de ses ministres, le khodja EI-Khriel, et lui assigna les environs de Boghar comme résidence. Ce neja se reforma avec difficulté et lenteur. Les maris ^u.i avaient vendu leurs femmes sans les répudier les réclamèrent; un grand midjclèsfut réuni pour juger cecas non prévu. Il fut décidé que les femmes choisiraient entre les deux maris légitimes; la plupart optèrent pour les Zenakras. — Ouand les Français prirent Alger, ils aidèrent beaucoup ,ï la reconstitution de la tribu. En effet, l’anarchie étant devenue générale, beaucoup de Zenakras qui avaient acquis quelques biens et restaient au milieu des autres tribus furent pillés comme étrangers sans appui; les autres sentirent la
nécessité de se réunir au neja qui pouvait seul leur donner protection : on en retrouve cependant qui sont restés sur les terres qu’ils avaient acquises , principalement chez les Hudjoules.
Le neja des Mabonchas, près de Boghar, dans leTittery, était au milieu d’anciens ennemis; cependant il a toujours grandi, n’a pas éprouvé de nouveaux malheurs, et, grâce à une politique habile, ainsi qu’à une grande activité , il était déjà devenu en 1843 une des belles tribus des environs.
Les El-Gourt, qui, après la razzia des Oulad-Madhi, avaient été recueillis par les Oulad-Chaïb , reprirent aussi peu à peu de la force. Quelques années après ils quittèrent les Oulad-Chaïb, qui faisaient la guerre aux OuladMadhi , et passèrent près d’EI-Gharoubi. Ils se tenaient habituellement dans les environs de Goujila; là ils subirent de la part du bey de Medeah une dizaine de razzias, mais sans grande importance. Le bey d’Oran s’en plaignit la première fois au dey, qui lui donna tort et autorisa les autres razzias. Quand Abd-el-Kader gouverna, il plaça les El-Gourt sous l’agha El-Gharoubi. Ils y demeurèrent jusqu’à la prise de la zmala.
Cette époque était fort difficile pour les tribus du désert. Les Mahonchas firent leur soumission avec le reste du Tiltery. Ils étaient toujours en rapport avec les El-Gourt; ceux-ci, après l’affaire de Taguine, se retirèrent dans le Gebel-Amour, sauf deux douars peu considérables qui restèrent avec El-Gharoubi ; puis sur ce qu’ils apprirent des Mabonchas de la protection qu’ils auraient près de nous, ils firent aussi leur soumission, rejoignirent leurs frères, fournirent les meilleurs guides pour la razzia faite en 1843 sur les Oulad-Khrelif d’El-Gharoubi , et y prirent une part très-active.
A partir de ce moment les deux nejas furent réunis. Chacun a son cheik, le caïd est pris dans les Mahonchas. Tous ces chefs sont choisis parmi les djoued. L’ensemble forme une très-belle tribu qui cultive, élève des bestiaux, fait le commerce, est très-unie, prospère de plus en plus, et donne lieu à moins de plaintes qu’aucune autre.
Celte année les Mahonchas présentaient treize douars, et les El-Gourt six. Il y avait de plus, en dehors du neja, deux petits douars chez les Oulad Khelif , et peut-être deux cents tentes dispersées dans les tribus. Le kaid a fait des efforts pour rallier les tentes dispersées, mais c’est difficile. Les EI-Gourt des deux douars restés chez les Oulad-Krhelif ont demandé à rejoindre leurs frères, mais ne l’ont pas pu jusqu’ici.
Telle était la position des Zenakras quand El-Gharoubi a demandé dernièrement que les El-Gourt passassent sous ses ordres.
Medeah, le 4 novembre 1844

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