Emigration Arabe vers l’algérie الهجرة العربية للجزائر

Irruption d’un million d’Arabes dans le maghreb

Moezz-ben-Bâdis, arrivé au trône en 1016, n’avait alors que huit ans et demi. Son aïeule était régente ; elle exerçait de fait l’autorité ; elle en profita pour exécuter une de ces mesures violentes qui marquent trop souvent le règne des femmes. Elle fit ce que Catherine de Médicis devait faire en France cinq siècles et demi plus tard, une Saint-Barthélemy. En 1017, de nouveaux troubles religieux ayant éclaté à Sabra, le massacre des Chiites fut résolu et accompli. Toutefois, l’émir berbère se montra moins impitoyable que le roi de France, car on rapporte qu’il couvrit de sa protection et sauva du fer des assassins cinq cents Chiites qui étaient venus se réfugier à ses pieds.

Image

image : cavaliers d’une tribu arabe de tlemcen(ouled nhar ) .

Le massacre des schismatiques d’Afrique fit cesser toute relation entre l’émirat berbère du Maghreb et le khalifat d’Égypte.
El-Moezz s’appliqua dès lors à déconsidérer les Fatimites dans l’esprit des populations
africaines et à préparer la rupture ouverte qui eut lieu en 435 de l’hégire (1043-1044).
El-Moezz entra alors en communication avec le khalife de Baghdad. Cinq ans après, en 440, il en reçut l’investiture. En même temps il fit supprimer dans les prières publiques le nom des souverains du Kaire ; leur drapeau fut déchiré et brûlé.

El-Mestâmer, qui régnait alors en Égypte, ne chercha pas à faire rentrer le Maghreb sous son obéissance ; il ne songea qu’à se venger, et, de tous les moyens, il choisit le plus efficace, le plus terrible, celui qui devait laisser les traces les plus profondes : ce fut d’ouvrir les portes du Maghreb aux tribus arabes établies dans les déserts de la haute Égypte. Il fit publier que toutes les familles qui passeraient en Afrique recevraient à leur sortie de l’Égypte un dînâr par tête, et il leur abandonna la
province de Barka.

En 1048, trois grandes tribus arabes se mirent en marche au nombre d’un million de personnes, qui fournissaient cinquante mille combattants.

Marmol, qui avait pour guide l’historien arabe Ebner-Rak’îk’, est celui qui a donné sur la composition des forces arabes les détails les plus circonstanciés.

Suivant cet auteur, les tribus qui entrèrent en Afrique furent au nombre de trois, savoir :

1° les Esquequin ;
2° les Beni-Helâl ;
3° les Mahquîl.

Ces trois groupes se subdivisaient en un grand nombre de tribus et fractions parmi lesquelles
on retrouve plusieurs des noms fournis par Kaïrouâni et par Cardonne. Ainsi, les Riah’in ou Beni-Riah’ une branche  qui fait partie des Beni-Helâl ainsi que les Beni-Amer et autres.

Marmol évalue à plus d’un million le nombre d’individus de tout sexe et de tout âge que le premier flot versa en Afrique, et à cinquante mille le nombre des combattants.

Le mouvement d’émigration se continua pendant près d’un demi-siècle, chaque tribu poussant ses devancières vers l’ouest ou s’y avançant elle-même sans les déplacer.
Il est probable que dans ce mouvement général de translation, la plupart des nouvelles tribus cherchèrent une protection auprès des anciennes et s’attachèrent à l’un des trois faisceaux primitifs.

Bien différent de la première invasion, qui annonçait des prétentions politiques, le mouvement de 1048 a un caractère exclusivement social.
Ce ne sont pas des noms de chefs qui paraissent sur la scène ; ce sont des noms de tribus. Elles apportent des moeurs nouvelles. Elles changent entièrement la composition ethnique de l’Afrique du nord, n’épargnant que quelques montagnes
élevées dont les berberes se liguent contre elles. Toutefois, ne pouvant les dévaster, elles les condamnent à dépérir en les isolant.
Exemptes d’ambition politique, elles paraissent ’inquiéter peu de l’autorité qui gouverne ; elles laissent les dynasties magribines passer sur leurs têtes. Tout au plus, les voit-on, dans les conflits qui divisent l’Afrique, offrir parfois leur dangereux appui à des princes qu’elles servent suivant l’intérêt du moment.
Semblable à un liquide qui cherche son niveau, elles s’avancent sans cesse vers l’Océan, leur unique barrière.

ORIGINE ET MIGRATIONS DES PRINCIPALES TRIBUS DE L’ALGÉRIE
PAR E. CARETTE

Advertisements

4 thoughts on “Emigration Arabe vers l’algérie الهجرة العربية للجزائر

  1. Les Arabes continuèrent leur marche, tandis que les autres venaient à leur rencontre.
    En 1067, époque où le géographe Bekri terminait son ouvrage, les Arabes occupaient l’oasis de Ouâdân au sud de Tripoli(1) et la côte de Lebda(2), ainsi que le constate cet écrivain. Vers la même époque, ils combattaient dans les troupes de l’émir Temîm-ben-el-Moezz contre le gouverneur de Sfax qui s’était révolté ; ils étaient en possession de Kaïrouân, qu’ils vendaient à un autre gouverneur rebelle, et celui-ci en était chassé à son tour par de nouveaux Arabes venus de Barka(3). Ces indications, bien que partielles, donnent à penser que vers l’année 1067, c’est-à-dire environ vingt ans après le commencement de l’irruption, ils avaient déjà envahi une grande partie des régences actuelles de Tripoli et de Tunis.

    Selon l’Édrici, vers l’année 1160, dans la régence de Tripoli, les tribus Arabes occupaient presque toute la cote : les territoires de Telmîta(4) ou de la Cyrénaïque, de Sort(5), de Tripoli(6), de Lebda(7), étaient en leur pouvoir.
    Dans quelques parties du rivage, la race berbère avait entièrement disparu.
    Dans l’intérieur, la plaine de Barka était peuplée de villages arabes(8). Les solitudes d’Adjedabîa étaient parcourues par un grand nombre d’Arabes et de Berbers(
    9). Le désert et l’oasis de Zouîla(10) étaient habités par des Arabes. Au reste, tout l’intérieur du pays de Tripoli, le désert de Barka et les oasis d’Audjila, d’Adjedabia et de Zouîla leur obéissaient.

    Dans la régence de Tunis, ils occupaient presque toutes les plaines. Quelques montagnes et particulièrement le Djebel-Ouslât avaient seuls conservé leur population berbère(11). Sur le territoire d’El-Orbès, les deux races vivaient côte à côte, mais dans un état permanent d’hostilité(12).

    Dans la province de Constantine, les Arabes étaient beaucoup plus avancés au nord qu’au sud. C’est même par la région septentrionale, par le massif méditerranéen
    qu’ils avaient pénétré dans cette partie du Maghreb. Ainsi à Mîla, toute la campagne était au pouvoir des Arabes(13). Ils dominaient aussi dans tout, le pays compris entre Kollo et Constantine(14), et étaient en relations de commerce avec les habitants de cette dernière ville(15). On voit que les Arabes avaient abordé la province de Constantine par le côté le moins accessible ; mais il est extrêmement probable, qu’ils y avaient été bien ccueillis, peut-être même appelés par le reste des Ketâma, dignes de la sympathie des tribus arabes que le khalife du Caire avait lâchées sur le Maghreb.
    L’établissement des Arabes dans le sud de la province de Constantine était beaucoup plus récent que dans le nord. Au moment où Édrici écrivait son ouvrage, il y avait peu de temps qu’ils s’étaient emparés de Ngaous, belle ville située au pied du mont Aourès(16), et de Bâcher, place forte de la dépendance de Biskra(17). Ils dirigeaient sur Bar’aï des incursions répétées qui avaient déterminé l’abandon du faubourg par ses habitants(18).

    A l’époque qui nous occupe, l’irruption arabe atteignait à l’ouest le défilé du Bibân, mais ne le dépassait pas.
    Édrici signale ce passage comme dangereux à cause des fréquentes incursions des Arabes(19). Il mentionne aussi sur la route de Bougie à Kala’at-Benou-H’ammâd, et non loin du Bibân, une ville appelée Souk’-el-Khemis, assez forte pour rendre vains les efforts des Arabes qui voudraient s’en emparer(20), et un château fort appelé Souk’-el-Tneïn, autour duquel rôdent continuellement les Arabes(21).

    Sortie de l’Égypte, en 1048, elle avait atteint, en 1160, le centre de la province de Constantine.

    _______________
    1 Bekri, p. 457.
    2 Id. p. 454.
    3 Kaïrouâni, p. 145.
    4 Édrici, p. 293.
    5 Id. p. 274.
    6 Id p 273.
    7 Id. p. 284.
    8 Id. p. 286.
    9 Id. p. 287.
    10 Id. p. 289.
    11 Édrici, p. 269.
    12 Id. Ibid.
    13 Id. p. 242.
    14 Id. p. 246.
    15 Id. p. 242.
    16 Édrici, p. 242.
    17 Id. p. 247.
    18 Id. p. 252.
    19 Id. p. 239.
    20 Id. p. 240.
    21 Id. ibid.

  2. Après la mort d’Abd-el-Moumen, les Arabes se montrent plus entreprenants et plus audacieux. Sous le troisième almohade Ia’k’oub-el-Mans’our, leur attitude devient plus menaçante encore. Déjà ils ont atteint la province de Tlemcen qu’ils agitent. Ia’k’oub oblige les uns à s’en retourner dans les provinces de l’est; il emmène les autres dans les provinces de Fès et de Maroc, et leur assigne pour demeure les cantons de Dukkâla, de Tamesna et d’Azgar.

    Par suite de cette émigration qui eut lieu vers 1187, la tête de l’irruption arabe atteignait le rivage de l’Océan et l’extrémité occidentale du Maghreb ; elle avait donc employé un siècle et demi à le traverser de l’est à l’ouest.

    Répandus sur la surface du Maghreb, les Arabes allaient désormais intervenir dans tous les événements et y exercer une influence toujours croissante.

    Vers 1212, Moh’ammeden-Nâc’er, se rendant en Espagne pour y diriger l’expédition
    qui se termina par la célèbre et fatale bataille des plaines de Tolosa (16 juillet 1212), se fait accompagner par les principaux chefs arabes de l’orient et de l’occident du Maghreb.

  3. Vers 1635, Moh’ammed-Pacha utilise les Arabes d’origine noble dans la surveillance du pays et à la rentrée des contributions, et formèrent les postes de police rurale que l’on a appelés zmâla.

    Vers 1640, Moh’ammed-Pacha obtient la soumission de plusieurs tribus arabes puissantes, dont les noms se retrouvent aujourd’hui (1842) dans les provinces de Constantine et d’Alger, les Oulâd-Bellil, les Oulâd-Sooula, les Oulâd-Hamza.
    L’une des principales expéditions de Moh’ammed-Pacha fut dirigée contre la tribu des H’anencha, qui existe aujourd’hui encore sur le territoire qu’elle occupait à cette époque, et qui depuis fut annexé à l’Algérie. Elle fut complètement soumise en 1644.

    En 1676, une guerre civile éclate parmi les Turcs de Tunis entre Moh’ammed-Bey et ‘Ali-Bey. Les principaux cheikhs arabes prennent parti pour ce dernier ; les Oulâd-Saïd sont de ce nombre, et se relèvent par là de l’abaissement où ils étaient tombés ; mais, vers 1679, Mnastir, Tôzer, El-Kêf, Slimân et Sfax, toutes villes au pouvoir des Arabes, se révoltent à l’instigation des Oulâd-Saïd, qui sont encore une fois battus.

    En 1680, ils s’agitèrent de nouveau ; Parmi les tribus qui occupaient alors la scène, il en est plusieurs dont les noms se sont conservés jusqu’à nos jours dans la géographie du Maghreb. Les Oulâd-Saïd, occupent encore le territoire qui fut au XVIe et au XVIIe siècle le théâtre de leurs prouesses.

    Les H’anencha occupent encore leur position sur la frontière d’Algérie et la régence de Tunis.

    Les Drid se sont dispersés sur trois gisements différents : une partie, demeurée au centre de la régence de Tunis, habite pendant l’été la grande plaine du Sers et va parcourir pendant l’hiver les landes du Sah’ara au sud de l’Ouad-Djima ; une autre partie s’est fixée aux environs de Constantine ; enfin, un troisième tronçon forme
    une des tribus nomades de Biskra dans l’oasis du Zibân.
    Dans la même oasis, nous retrouvons aujourd’hui les Oulâd-Soala, châtiés et rançonnés, en 1640, en compagnie des Oulâd-Hamza et des Oulâd-Bellîl, par
    Moh’ammed-Pacha. Kaïrouâni dit que ces trois tribus furent obligées d’emprunter pour payer leurs ontributions de guerre, et que Moh’ammed-Pacha eut soin d’éloigner les cheikhs influents. C’est sans doute à cette époque qu’eut lieu l’émigration de ces trois tribus dans d’autres contrées du Maghreb.
    Ainsi que je l’ai dit, les Oulâd-Sooula se retrouvent aujourd’hui avec les Drid dans le Zibân. Il existe des Oulâd-Hamza dans le Djebel-’Amour et dans le district de Tit’eri, où ils jouissent de la considération et du crédit accordés aux tribus d’origine noble.

    Quant aux Oulâd-Bellîl, ils habitaient, en 1321, la province de Tripoli. A cette époque, ils prirent parti pour Abou-Zakaria, prétendant au trône des H’afsites, et vinrent, sous ses drapeaux, assiéger Tunis, dont ils se rendirent maîtres. Leur cheikh Mezdouri fit proclamer émir Abou-Zakaria, et acquit, dès lors, un grand crédit.
    En 1435, les cheikhs des Oulâd-Bellîl étaient encore les plus puissants de l’Afrique ; à cette époque, ils se révoltèrent et vinrent de nouveau assiéger Tunis ; mais ils eurent moins de succès que la première fois : l’émir Abou-Omar les mit en fuite.
    Enfin, ils reparaissent, en 1640, à la tête d’une révolte contre les Turcs, et ils partagent le sort de leurs alliés, les Oulâd-Hamza et les Oulâd-Sooula. C’est alors aussi que, comme eux, ils durent émigrer vers l’Ouest. On les retrouve aujourd’hui sur la limite occidentale de la province de Constantine, dans la plaine de Hamza, entre le pied du Jurjura et le cours supérieur de l’Ouad-Akbou. C’est encore une des tribus nobles et puissantes de l’Algérie.

  4. Aux mouvements de la race arabe dont le témoignage existe dans la tradition écrite, il faut en ajouter quelques-uns dont le souvenir s’est conservé dans la tradition orale. Une grande partie du Sah’ara algérien parait avoir été envahie originairement par une même tribu appelée Oulâd-Mimoun, qui, plus tard, s’est fractionnée et dispersée. Elle devait occuper 1° le Djebel-’Amour ; 2° l’oasis de Touât dans le désert ; 3° les trois oasis d’Ouâregla, de Temacîn et de Tuggurt. Le Djebel-Amour est encore habité par une tribu des Oulâd-Mimoun qui domine toutes les autres. Dans l’oasis de Touât, la ville de Timimoun ou Aït-Mimoun témoigne par son nom, quoique berbérisé, de la même origine. La population de la ville porte d’ailleurs le nom d’Oulâd-Mimoun. Quant aux trois oasis comprises sous la dénomination commune d’Ouad-Rir’, plusieurs habitants m’ont assuré, comme un fait notoire dans le pays, qu’elles étaient jadis occupées par la seule tribu des Oulâd-Mimoun, divisée en trois fractions, les Saïd-Oulâd-’Amer établis à Temacin, les Saïd-’Atba à Ouâregla, et les Oulâd-Moulât à Tuggurt. Dans la suite, des dissensions éclatèrent entre ces trois branches et leur firent abandonner leur nom patronymique.

    L’oasis de l’Ouad-Souf offre encore l’exemple d’un déplacement récent des tribus arabes. Le territoire sablonneux de cette oasis désigné, au XIe siècle sous le nom de K’itoun-el-Baïda (la Tente blanche), formait un carrefour où venaient se croiser plusieurs routes dirigées sur Tripoli, sur Kaïrouân, sur Nefta et sur le pays des Noirs. Cette contrée était alors occupée par la tribu berbère des Smâta. Dans la suite, cette tribu, comme toutes les peuplades à l’est du Maghreb, fut refoulée vers l’occident et dispersée.

    A une époque encore plus rapprochée de la nôtre, mais que la tradition locale ne précise pas, des voyageurs venant de Teroud, en Syrie, s’arrêtèrent un jour dans le réseau des montagnes de sable blanc, appelée autrefois la Tente blanche. Ayant reconnu en ce lieu la présence d’une nappe d’eau à une petite profondeur sous le sol, ils résolurent d’y fixer leur séjour. Ils bâtirent donc des habitations et plantèrent des palmiers. Ils ne tardèrent pas à être rejoints par un grand nombre de leurs compatriotes. Plusieurs villes et villages s’élevèrent successivement au milieu des sables, et c’est ainsi qu’une colonie d’origine syrienne se trouva établie dans le Sahara algérien, où elle forme une de nos oasis les plus florissantes.

اترك رد

إملأ الحقول أدناه بالمعلومات المناسبة أو إضغط على إحدى الأيقونات لتسجيل الدخول:

WordPress.com Logo

أنت تعلق بإستخدام حساب WordPress.com. تسجيل خروج   / تغيير )

صورة تويتر

أنت تعلق بإستخدام حساب Twitter. تسجيل خروج   / تغيير )

Facebook photo

أنت تعلق بإستخدام حساب Facebook. تسجيل خروج   / تغيير )

Google+ photo

أنت تعلق بإستخدام حساب Google+. تسجيل خروج   / تغيير )

Connecting to %s